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juin 17, 2025Une critique de Sartre
Plaidoyer pour les intellectuelles
A l’heure où les savants de notre époque ont remplacé Dieu et ont imposé leur discours comme parole divine, il est devenu plus qu’urgent de relire Sartre. Dans son livre « PLAIDOYER POUR LES INTELLECTUELS », paru en 1972, l’auteur, dans une praxis, analyse ce que c’est qu’un intellectuel, sa fonction, et est ce qu’un écrivain peut être considéré comme intellectuel.
Pour Sartre, l’intellectuel est par essence celui se mêle de ce qui ne le regarde pas. C’est quelqu’un qui sort délibérément de son champ de compétence pour exister dans l’espace public. En se prononçant sur un sujet qui le ne le concerne pas et un domaine qui n’est pas son champ d’application, « le technicien d’un savoir donné, devient intellectuel ». Pour Sartre, l’intellectuel, c’est celui qui prend connaissance de ces contradictions, fruit du système; et décide de mettre à l’épreuve celles- ci , et décide de les transcender au prix d’être perçu comme un traître auprès de sa classe; puis qu’il est le fruit de la plus value, et également subir la méfiance des classes assujettie qu’il souhaite défendre.
Ce qui jette le postulat de l’existence de celui qui n’est pas un intellectuel. Pour comprendre, cette dimension de sa praxis, l’auteur revient sur comment les techniciens du savoir se sont formés depuis la féodalité. La crème des techniciens du savoir s’est construite avec la montée de la bourgeoisie. Des hommes comme Rousseau qui ont mis leur savoir technique au service de la superstructure.
C’est donc le capitalisme bourgeois, qui a accouché du capital technique au travers de la plus value des masses travailleuses. Ces faux intellectuels selon Sartre, mettent leur savoir technique au service de l’hégémonie de la superstructure. Dans le cas d’espèce de l’esclavage on a vue dans l’histoire comment des techniciens du savoir ont rationnalisé l’exploitation des noires en reniant toute humanité en eux. De façon contemporaine, on voit comment ces mêmes techniciens du savoir renforcent les positions de la superstructure dans certains conflits dans le monde. Des fausses théories sur la paix. La paix pour certains et la guerre dans certains cas particuliers. Le monopole de la violence et le mépris de l’altérité des autres et même leur diabolisation lorsque ces derniers se défendent par la même violence, « privilège des dominants ».
Pour Sartre, le technicien du savoir assujetti à la superstructure est un intellectuel en puissance. Il devient intellectuel, lorsque par un examen critique de son soi par rapport à son monde extérieur et à la lumière des valeurs, il entre dans un état de conscience qui lui permet de ne plus ignorer au nom du matérialisme et de l’individu, les inégalités. Plus encore, les contradictions !
En cela un savant spécialiste dans la conception de bombe atomique devient intellectuel, à partir du moment où il décide d’alerter sur les dangers de l’arme atomique pour les nations et l’humanité. Être un intellectuel, c’est donc en soi une mission de témoin et de martyr. Plus que selon l’auteur, les classes dominantes s’étant toujours méfiées des techniciens du savoir commencent toujours la purge par eux. Les licenciements abusifs, les agressions physiques; les censures; les faux procès… sont bien là de nos jours les punitions réservés à ces monstres de la superstructure.
Pour l’auteur après cet éveil, le rôle de l’intellectuel est de mettre son savoir technique au service des masses défavorisées afin qu’elles puissent avoir des techniciens du savoir et ce dans le but créer un espace plus juste et équilibré.
Enfin en ce qui concerne, l’écrivain; l’auteur soutient que l’écrivain, le vrai est de facto intellectuel par essence. Il y a là un distinguo majeur à faire entre écrivain et écrivant. L’un qui utilise le langage commun pour partager un ensemble d’information, et l’autre qui dans son action est la voix des sans voix. Dire ce que les autres ne peuvent pas dire. Pour l’auteur, l’écrivain est celui qui dans son analyse se met en phase avec les enjeux de son époque. En cela tout écrivain qui ignore par exemple les risques de la destruction de l’humanité par les armes atomiques, ne serait que dans l’analyse d’un monde abstrait et un amuseur ou un marchand. L’écrivain est donc pour Sartre un intellectuel par essence puisqu’il se saisit de facto des sujets qui font la conjoncture sociale. Un homme qui est tout temps en examen permanent de ses contradictions.
Critique
Pour moi la pensée selon laquelle l’intellectuel devrait être au service des défavorisées, présente des limites. L’histoire du monde n’est que rapport de classe et reproduction de rapport de classe. Un intellectuel au service des faibles peut participer à la construction d’un autre système de rapport de classe. L’histoire de certains régimes communiste ont montré comment certains intellectuels qui ont pensé soutenir une forme de justice sociale, se sont réveillés avec un goût amer dans la bouche. Comment les faibles d’hier se sont transformés en tyran d’aujourd’hui.
Ces intellectuels se sont ainsi rendu coupable de crime de masse avec les grandes répressions populaire dans l’Ex URSS, dans la Chine de Mao…Même si de départ sa position de juste éclairés au côtés des faibles est audible d’un point vue morale sans pour autant tomber dans un moralisme, l’intellectuel engagé idéologiquement et dans l’action n’est pas à l’abri d’une instrumentalisation.
Sartre lui même avait dit : peut on casser la dépendance de l’homme à l’homme ?
Aussitôt libéré d’un système de domination, un autre système de domination reprend du service. Peut-on libérer le monde des rapports de pouvoirs ?
Peut-on construire un monde avec des mécanismes d’auto régulation du pouvoir ?
Le pouvoir est le combustible des rapports de forces, des rapports de classes. C’est lui qui définit la ligne rouge entre dominé et dominant.
C’est lui qui crée le narratif de l’impuissant, du soumis et de sa position d’éternel serviteur car étant vide de puissance, il doit subir la puissance, le pouvoir des détenteurs de la puissance. Le pouvoir ayant un dynamisme toujours croissant(x), c’est rare de voir un structure, un système ou un Etat qui refuse de croître ou de gagner davantage en influence ou en pourvoir dans l’espace temporaire ou géographique. En cela la définition de l’intellectuel ou celui de son rôle devrait être réinterprétée. Sartre étant en mission dans son époque ne pouvait que conformer sa praxis qu’avec les enjeux de son temps. Et ne pouvait en aucun cas prédire les conséquences de la mission de l’intellectuel dans l’espace social. Seul l’histoire pouvait être le témoin des limites de la pensée de la Sartre. Aujourd’hui l’intellectuel devrait être d’abord celui qui choisit rigoureusement les affaires dans lequel, il décide de se mêler; au risque de mettre son savoir technique au service d’une reproduction du système de domination, si tant est que son but ultime est un monde juste et équilibré.
De plus il devrait être aussi capable de se soustraire malgré les finalités morale de construction d’un monde meilleure, s’il s’aperçoit que les méthodes et les moyens sont en contradictions avec son objectif de faire une humanité où les rapports de pouvoirs sont réguler`L’intellectuel d’aujourd’hui serait ainsi différent de l’intellectuel d’hier. Un intellectuel plus exigeant, moins idéologue et plus tranchant dans l’exercice de la paresia. Scrutant à la loupe sa prise de parole, son action, la conformité de celles- ci avec le grand ensemble pour qui il décide de défendre les causes et les finalités.
En ce qui concerne l’écrivain, nous pouvons dire que de plus en plus, il se fait rare. Avec l’expansion des mécanismes de censure dans le domaine de l’édition, le postulat de l’écrivain comme intellectuel par essence présente des limites. Car contrôlé en majorité par la doxa dominante, l’écrivain fait face ainsi de nos jours à une grande machine de trie qui valide au préalable les idées qui doivent passer et celles qui doivent être recalées. Aujourd’hui, lui qui était en perpétuelle remise en situation dans son espace sociale, se retrouve privé « de dire tout ». En ne pouvant plus dire tout, il perd de facto ce qui fait de lui un écrivain. Car selon Sartre il est à la fois sujet de ses propres contradictions et celui de ce monde. Ce qui fait de lui un intellectuel au carré. Il ne peut qu’être dans la peau de celui qui se mêle de tout. Dans ce « tout », même ce que l’on ne veut qu’on aborde. C’est en cela qu’il est par excellence la voix de ceux qui ne peuvent pas dire. La voix de ceux qui n’osent pas dire! Alors aujourd’hui on peut dire qu’ ‘on est dans l’ère des écrivants, puisque l’écrivain ne résoudra pas à parler de « rien » pendant que des sujets plus importants écrasent l’espace sociale.
L ‘écrivain est donc en train de disparaître pour laisser place à l’écrivant, cet expert en communication. Qui met sa technicité de maîtrise du langage au service d’un enjeu abstrait. Un marchand d’information.
Alors dans une telle configuration, écrire ou se taire est une question légitime pour tout écrivain…Étant un intellectuel par essence, l’écrivain acceptera -t- il de se conformer ou de ne plus se mêler de ce qui ne le regarde pas ou de dire ce que les autres n’osent pas dire ?
Acceptera -t -il au nom du matérialisme ou des défis d’existence qui pèsent sur chaque homme de taire en lui ses contradictions et devenir un écrivant ?
Autant de questions qui démontrent les enjeux qui pèsent sur le monde de l’écriture et de ce qui l’est devenu de nos jours. Aujourd’hui dans une société en constante mutation et marquée par plusieurs lignes rouges de classe et de pouvoir qui crée plusieurs ensembles d’ architecture de classe à l’intérieur des sociétés et entre Etats, il est important de comprendre ce qu’est devenu les intellectuels et leur mission dans les différents espaces sociales. C’est cette trame d’analyse qui a conditionné notre praxis tendant à démontrer que qu’on peut considérer comme intellectuel dans notre époque, sa fonction dans la matrice sociale et surtout noter le constat amer de la disparition de l’écrivain.



