
Annonce du 4e mandat du Président Alassane Ouattara : La Vague Orange adopte la neutralité…
août 4, 2025
Une analyse scientifique du tribalisme en côte d’Ivoire
août 7, 2025
Il y a des naufrages qui racontent plus que la fin d’un projet. La fin d’Air Afrique, des décennies après rappelle encore l’échec de la CEA et pis encore devrait interpeler les esprits sur le mal qui bloque l’Afrique quand il s’agit de monter des projets collectifs.
Symbole d’un panafricanisme économique né au lendemain des indépendances, Air Afrique fut l’une des rares tentatives concrètes de mutualisation des ressources, d’interconnexion régionale et de construction d’une souveraineté logistique partagée. Fondée en 1961, la compagnie regroupait 11 pays africains francophones autour d’un rêve : relier les capitales africaines entre elles, et à l’Europe, par une infrastructure commune, rentable et stratégique.
Quarante ans plus tard, ce rêve s’éteint dans la dette, les luttes internes et une faillite silencieuse. Au-delà de l’aspect économique, Air Afrique est l’autopsie d’un modèle panafricain qui peine encore aujourd’hui à dépasser l’étape des beaux projets sur le papier. Sa chute, comme un rappel historique met en lumière l’incapacité structurelle de l’Afrique à faire vivre des projets à dimension régionale. C’est cette leçon que cette tribune veut réinterroger.
Le rêve Air Afrique : entre volonté d’intégration et dépendance postcoloniale
À l’aube des années 1960, les jeunes États africains fraîchement indépendants sont confrontés à une double réalité : leur isolement infrastructurel hérité de la colonisation, et leur dépendance aux compagnies européennes pour relier leurs territoires au reste du monde. Dans ce contexte, Air Afrique naît comme réponse géopolitique à l’enfermement aérien post-indépendance. La vision est audacieuse : créer une compagnie transnationale africaine, gérée collectivement, capable de rivaliser avec les transporteurs occidentaux. A l’image du black star liner de Marcus Garvey la compagnie se voulait un outil d’intégration régionale. Cependant dans le réel, elle resté structurellement arrimée à des logiques techniques et managériales venues d’ailleurs. Dès l’origine, le projet souffre d’un paradoxe non résolu : vouloir l’autonomie tout en déléguant la gouvernance stratégique à des partenaires extérieurs. Le rêve panafricain était là, mais piloté par procuration. Le double corps mis en avant dans la pensée d’Aimer Césaire. Ils sont là en terre africaine mais leur pensée demeure accroché à Paris.
Faiblesses structurelles
La faillite d’Air Afrique ne s’explique pas uniquement par des raisons conjoncturelles. Elle est le fruit d’un malaise systémique propre aux entreprises régionales africaines : absence de gouvernance claire, interférences politiques permanentes, absence de culture du résultat.
Chaque État actionnaire voulait y placer ses hommes, imposer sa ligne, contrôler les dessertes. L’absence d’un cadre supranational régulateur, doté d’autorité décisionnelle autonome, a transformé la compagnie en champ de bataille diplomatique, où les priorités nationales primaient sur la performance. Par ailleurs, dans les années 1990, la dévaluation du franc CFA vient aggraver les fragilités internes. L’endettement devient insoutenable, les lignes sont sous-exploitées, et la qualité de service chute. Le modèle économique s’effondre car il repose sur un mythe politico-social : celui d’une solidarité entre États !
Leçons non retenues : le syndrome Air Afrique dans les projets d’intégration
L’affaire Air Afrique ne fut pas un cas isolé. Elle est le miroir de nombreuses initiatives panafricaines mal structurées, mal gouvernées, mal accompagnées. De la zone franc à certaines banques régionales, l’Afrique peine à faire émerger des institutions robustes, indépendantes et performantes au service de l’intérêt collectif. Aujourd’hui si on jette un regard d’optique sur les quelques institutions régionales africaines qui semblent etre sur pieds, on peut seulement pas simple effet de déduction logique voire leur mort cérébral. L’UA, la CEDEAO…beaucoup appellent aujourd’hui à leur réforme. Aujourd’hui le problème n’est ni le potentiel ni l’ambition. Il est dans le mindset institutionnel. L’Afrique francophone, en particulier, reste trop attachée à une logique d’État-nation, où l’ego national prime sur la logique de blocs. De plus on est aussi dans des Etats-privé, ou des corps privés influences les politiques publiques.
Et le creuset de notre réflexion est que : la zone de libre-échange continentale (ZLECAF) en construction , comme d’autres mécanismes d’intégration, pourrait subir le même sort si la ces questions ne sont pas prises en compte.
Il faut repenser l’ambition régionale
Air Afrique aurait pu être l’équivalent africain d’un Airbus ou d’un Emirates : une plateforme continentale de mobilité, de commerce et de rayonnement. Elle est devenue un symbole d’un gâchis stratégique collectif. Cependant, si on regarde cet échec d’un autre angle, on peut voir un tout autre décor : celle d’un continent qui rêve d’unité mais peine à la bâtir. Celle d’une Afrique qui proclame l’intégration sans oser lui donner les moyens institutionnels d’exister. À l’heure des corridors logistiques, des chaînes de valeur africaines, de la mobilité régionale, il est urgent d’articuler ce genre de projet, d’exhumer les leçons douloureuses afin de réussir l’Afrique des grands projets économiques.



