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On l’a rencontré dans un centre d’insertion à Abidjan. Jean, 24 ans aujourd’hui, a les yeux d’un vieillard et le cœur plein de souvenirs qu’on ne devrait pas avoir à son âge. Il nous a raconté, sans colère mais avec une lucidité glaçante, l’histoire de son périple vers l’Europe. Voici ses mots :
« Je m’appelle Jean. Je suis né à Yopougon. J’ai toujours rêvé d’une vie meilleure, pour moi et surtout pour ma mère. Je voyais les gars revenir du Maroc, d’Italie, parfois juste avec un téléphone neuf et des chaussures brillantes. Mais ça suffisait à créer le rêve. Alors, un jour, j’ai décidé de partir. »
Il vend son téléphone, emprunte un peu d’argent et quitte la Côte d’Ivoire sans prévenir sa famille. Direction Bamako, puis Gao. Là-bas, il embarque avec d’autres jeunes dans un pick-up pour traverser le désert. La peur, le silence, le soleil qui tue.
« Le désert, c’est la première mort. Tu ne bois presque pas. Tu ne parles pas. Il y a eu un gars avec nous, il n’a pas survécu à la deuxième nuit. On l’a laissé là. Juste comme ça. On a roulé sans se retourner. »
Arrivé en Libye, Jean pense avoir fait le plus dur. Il ne sait pas que l’enfer commence à peine. Il est enfermé dans une sorte de hangar, surveillé par des hommes armés. Il est frappé. Faim. Humiliation. Il doit appeler sa mère pour lui dire de payer une rançon.
« Je ne l’avais jamais entendue pleurer comme ça. Elle a vendu notre petit terrain. Tout ça pour que je sorte de là. Et moi, je me disais : c’est pour bientôt. Encore un effort. »
Quand enfin il monte sur un canot pneumatique pour traverser la Méditerranée, ils sont 90. Des enfants, des femmes enceintes, des jeunes comme lui. Après quelques heures, le moteur tombe en panne. Le chaos.
« On a prié. Crié. Je me souviens juste que l’eau était noire et froide. Il y a eu un bébé qui pleurait, puis plus rien. »
Jean est secouru, inconscient. À Lampedusa, il est soigné, interrogé, puis rapatrié. Trois mois plus tard, il rentre chez lui. Il n’a plus rien, mais il est vivant.
Aujourd’hui, Jean témoigne :
« Si tu lis mon histoire, écoute-moi bien : ce n’est pas un voyage, c’est un piège. Ce que tu cherches en Europe, tu peux le construire ici, mais il faut être patient, organisé, formé. Moi, j’ai perdu des amis, j’ai fait pleurer ma mère, et j’ai presque perdu la vie pour un rêve qui n’était pas le mien. Ne fais pas comme moi. »
Son message :
« L’immigration clandestine ne vaut pas ton souffle. Tu vaux plus que ça. On m’a dit que j’étais courageux. Mais le vrai courage, c’est de rester et de se battre ici. »